Aujourd'hui je sors du silence : "J'ai été victime d'abus sexuels à 5 ans"

Dernière mise à jour : 17 mars


Si aujourd’hui je te raconte un pan de ma vie que j’ai gardé secret pendant plus de 20 ans, c’est parce que cette nuit (celle du 15 au 16 mars 2022) j’ai fait un rêve en lien avec ça (bizarrement hier soir je lisais un article du magazine « INEXPLORE » numéro 47 « réparer un féminin blessé" que je recevais le jour même dans ma boîte aux lettres sans même l’avoir commandé), qui m’a donné la force et le courage d’en parler. Parce que je ne peux plus museler l’enfant en moi qui hurle et pleure de me défaire de ces atrocités vécues alors que je n’étais qu’une enfant.


Cette expérience m’a enlevée mon innocence, le droit de me sentir en sécurité, protégée et aimée.


Mon corps a été sexualisé à l’âge de 5 ans !!! 5 ans ! je prends conscience en l’écrivant à quel point cette petite fille était petite, lorsque c’est arrivé, c’est l’âge actuel de mon fils Noé et là je me rends compte que c’est encore plus dingue, comment peut-on faire ça à un enfant (ou à toute autre personne d'ailleurs!)



Je sais que lorsqu’on s’incarne on fait le choix de vivre certaines expériences, je sais qu’elle en fait partie mais aujourd’hui, j’ai besoin de regarder cela du point de vue de la petite fille que j’étais à ce moment-là, qui ne voulait pas faire des fellations à cet oncle, elle trouvait cela dégoûtant.


Comment grandir normalement lorsqu’on a vécu ça ?


Comment grandir quand, quelques années plus tard, je vis le jour de mon anniversaire, un exhibitionnisme et une tentative d’enlèvement devant chez mes grands-parents. Je ne m’étendrai pas sur cette dernière partie car ce n’est pas la plus traumatisante (oui on relativise vachement ! :)



Si j’écris ça aujourd’hui, cela n’est pas pour me plaindre mais pour guérir. Car me taire, me tue moi et mon enfant intérieur, un peu plus chaque jour et m’empêche de vivre pleinement et sereinement. M'empêche d'être une mère, une femme et une épouse épanouie.


Je veux montrer à toutes les femmes, toutes les personnes qui ont vécues des abus, des viols ou toute autre forme de violence, que le silence ne nous garde pas en vie, il nous tue à petit feu.


Je veux aussi montrer à mes enfants que faire preuve de courage permet de guérir et d'avancer, je suis quelqu'un de très résilient mais dans certain cas cela prend du temps et ce fait en plusieurs étapes.


Cet article risque d’être long mais il est nécessaire pour moi, je l’écris avant tout pour moi, pour me libérer, pour m'autoriser à être totalement qui je suis, chaque expérience que j'ai vécue a fait de moi celle que je suis aujourd'hui, mais elle ne me définit pas et tout ne tourne pas autour de mon passé, il est temps pour moi d'avancer et de tourner cette page.



Si je me suis tue pendant toutes ces années, c’est pour protéger la famille de cette personne et parce que j'avais peur qu'on ne me croit pas.


Mais aujourd’hui, il en va de ma vie, de mon bien-être et de ce que je souhaite laisser comme patrimoine génétique à mes enfants. Car tout ce que je n’aurais pas réglé dans cette vie, ils devront à leur tour en faire l’expérience ou à tout le moins s’en défaire.


J’ai aussi conscience que les enfants de cette personne portent en eux également ce poids, sans le savoir.


Les secrets de famille, il n’y a rien de pire. Parce qu’on porte le poids, sans le savoir, des évènements traumatiques vécus par nos parents ou des actes qu’ils ont commis.


Si aujourd’hui, je parle, c’est pour laisser la possibilité à ces personnes de savoir (si elles tombent et lisent ma publication c’est qu’elles sont prêtes à le voir et à l’entendre, même si j’imagine l’effet que cela va produire), mon but n’étant pas de leur faire du mal mais de me guérir, je n’ai pas à me sacrifier, je l’ai déjà trop fait, pour protéger les autres, je suis prête à en parler avec elles mais pas à recevoir leur haine ni leur jugement. Je peux comprendre la tourmente, l’incompréhension.


Les faits ce sont passés lorsque j’avais environ 5 ans, il est difficile de mettre des mots sur ce que j’ai vécu car je n’ai pas été violée, je ne me rappelle pas avoir été touchée (mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas arrivé), cet oncle m’imposait de lui faire des fellations. Cela arrivait lorsqu'il me gardait mon frère et moi. Je vois encore la pièce dans laquelle ça se passait, sa chambre qu'il partageait avec un autre de ses frères, mais nous étions seuls dans l'appartement.


Après recherche, le mot qui correspondrait c’est abus sexuel incestueux car commis dans le cercle familial.


Du coup c'est assez vicieux parce que comment me définir comme victime si c'est moi qui faisait des trucs sur lui ??? J'ai aujourd'hui encore du mal à me placer comme la victime.


Je n’ai quasiment plus aucun souvenir de cette période de ma vie, c’est ce qu’on appelle l’amnésie traumatique. Pendant 20 ans cette partie de ma vie est restée inaccessible pour me protéger, mais j'ai connu à grandir avec une partie de moi bloquée dans mon enfance et l’autre dont l’apparence grandissait en totale insécurité et avec ce terrible secret.


Les souvenirs sont remontés à la surface lors d’une discussion avec une amie qui me disait que sa sœur avait été abusée par leur père. Et là, j’ai pris conscience que les images que je voyais dans ma tête et que je pensais être un « rêve » n’en était pas un, c’est comme si brusquement ma conscience se réveillait à ce souvenir.


Et je n’ai pas su quoi en faire !



Pourquoi ?


Parce que cela concernait une personne de ma famille qui plus est décédée ! Une personne que tout le monde aimé et trouvé gentil et certainement qu'il l'était aussi mais cela n'empêche pas que ce qu'il a fait avec moi n'est pas normal.


Je ne pourrai jamais me confronter à lieu, jamais je n'obtiendrai justice et je ne suis pas sûr que ça m'apporterait grand chose en fait. Mais chaque jour, je dois vivre avec.


J'ai grandi en ayant peur des hommes, je changeais de trottoir dès que j'en croisais un. Il m'a fallu une grande force pour un jour me dire STOP ! tu ne vas pas passer ta vie à avoir peur des autres. Avec le recul, je me dis que j'ai été vraiment courageuse, parce que j'ai affronté ça toute seule, sans savoir d'où me venait cette peur.


Ce genre de truc ça te pète littéralement à la tête et en plus tu ne peux en parler à personne parce que tu penses que personne ne te croiras.


A 25 ans donc, je me suis retrouvée totalement démunie face à ce souvenir qui remontait à la surface. Je suis allée voir une psy mais elle trouvait ça « drôle » je vous jure elle a ri quand je lui ai dit que je pensais que c’était un rêve ! bref, je n’ai pas poursuivi. Et j’ai continué à vivre comme je pouvais avec ça.


Comment pouvais-je en parler à ma mère, à mon père ? C’était impossible !


UN SCHEMA TRANSGENERATIONNEL :

Alors j’ai continué, en gardant ça pour moi pendant encore 10 ans.


Puis un jour ma mère est venue chez moi et m’a dit qu’elle avait besoin de me parler. Ce jour-là, elle m’a aussi avoué qu’elle avait failli subir le même genre de chose que moi, je n’en dirai pas plus car c’est son histoire. Mais visiblement, il y a un schéma répétitif dans la famille, je pense que ma grand-mère a elle-même subi un viol ou des abus mais ce qu’une spéculation.


Je me suis à mon tour confiée à ma mère, sur ce que j’avais vécu, j’ai eu le sentiment de ne pas avoir été entendue, crue, je pense que pour elle qui avait veillée à ce que je ne vive pas la même chose qu’elle, c’était compliqué à concevoir. Mais c'est comme si ce que j'avais dit n'avait jamais existé. UN TABOU. On n'en a jamais reparlé.


Je ne me suis pas sentie entendue, je n’ai pas eu de réconfort, je me suis sentie une nouvelle fois seule.


En fait, c’est le sentiment que j’ai depuis toujours, je suis seule. Seule à devoir faire face à tout ce qui se passe dans ma vie, à devoir faire avec, à essayer de ne pas reproduire certains schémas familiaux et tomber dans le panneau, bien sûr c’est aussi l’histoire de la vie, d'expérimenter.


Mais le fait est que cette expérience m’a juste appris à ne pas avoir confiance dans les hommes, et à ne compter que sur moi-même. Alors je me suis construite une carapace, ça ne m'a pas empêché d'avoir des relations amoureuses, mais ma vision des hommes n'est pas la meilleure, j'y travaille, chaque jour et j'ai la chance d'être accompagné par un homme merveilleux, qui fait preuve d'une grande patience.





J'ai réussi à en parler avec mon père, un ou deux ans après, mais là encore je n'ai eu le droit à aucun réconfort, il était embêté (quel parent ne le serait pas ?), je sais qu'il a sa propre histoire et qu'elle est très compliquée, mais moi je suis toujours là, en train d'attendre que mes parents veuillent bien faire preuve de tendresse envers moi, je suis tout au fond de moi encore cette petite fille qui a souffert, qui pleure en écrivant ces lignes et je veux la laisser pleurer même si mon fils est en train de regarder la télé pendant que j'écris et que je pleure, je ne veux plus retenir ces larmes, je ne veux plus laisser enfermer cette petite fille en moi qui souffre. Je ne peux tout simplement plus la faire taire. Si vous aviez vu son regard dans mon rêve et sa bouche totalement fermé, ses joues remplies de cicatrices, comme si on lui avait donné des coups de couteau. A chaque fois, que je la fais taire, c'est un nouveau coup qu'elle reçoit. Pourquoi, devrais-je lui faire ce mal alors que je ne supporterai pas de le faire à mes enfants ?


JE DIS STOP MAINTENANT ! JE LIBERE LA PAROLE, JE SORS DU SILENCE PARCE QUE C'EST CE DONT J'AI BESOIN.


Je m’en suis quand même pas trop mal sortie, je suis toujours tombée sur des hommes qui ne m’ont jamais fait de mal sur le plan sexuel, qui ne m'ont jamais forcé (heureusement me direz-vous, mais cela arrive tellement plus souvent qu'on ne le pense) mais comment être heureuse quand une partie de toi s’est détachée de soi à 5 ans. Je me suis toujours sentie en total décalage, avec une profonde tristesse au fond de moi. Le sentiment d’être seule, de ne pouvoir me confier à personne.


Autant dire que ma vie sexuelle n’a jamais été très folichonne (même avant de me souvenir) même si j’aime prendre du plaisir, même si j’ai des fantasmes, le passage à l’action est beaucoup plus complexe même encore maintenant.


Si aujourd'hui, j'arrive à l'écrire, c'est grâce à un long chemin qui a commencé avec la naissance de ma famille en 2006. Merci ma puce de m'avoir ouvert les yeux et montré que parfois, il fallait chercher les ressources ailleurs pour pouvoir grandir.


Cela va faire 16 ans que je suis en chemin pour me retrouver, me guérir et je suis fière de chemin déjà parcouru, de tous les obstacles que j'ai franchis. Aujourd'hui est un grand jour pour moi je le sais. Je me sens déjà libérée d'avoir pu m'exprimer car en le faisant à l'écrit, j'ai ressenti intérieurement des choses qui se relâchaient.


Merci de m'avoir lu jusqu'au bout.





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