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43 ans plus tard, l’inceste impacte encore ma vie

43 ans plus tard, l’inceste impacte encore ma vie

J’ai 48 ans.

J’ai vécu l’inceste à 5 ans.


Et pendant longtemps, je crois qu’une partie de moi a sincèrement pensé qu’un jour, tout ça serait derrière moi.


Qu’avec le temps, ça passerait. J'oublierai.


Qu’à force de travail sur moi, de développement personnel, de spiritualité, de compréhension, un matin je me réveillerais et ce serait terminé.


SPOILER ALERT : tu n'oublieras pas, mais tu pourras enlever l'émotion associée. Aujourd'hui, je peux en parler sans pleurer, sans revoir les images. Mais je ne vais pas te mentir ça m'a pris du temps et ça m'a demandé beaucoup de courage.

Il y a quelque temps, je sortais d’un magasin pour rejoindre ma voiture.

J’ai vu un homme.

Je ne sais même pas pourquoi.

Je n’ai pas réfléchi.

Mon corps s’est tendu. Mon pas s’est accéléré. Je me suis dépêchée de rejoindre ma voiture et je me suis enfermée à clef.


Puis quelques minutes plus tard, j’ai réalisé.

J’ai 48 ans.

Et une partie de moi continue encore à vivre comme si le danger pouvait surgir à tout moment.


C’est après coup que je me suis dit :

Waouh.

Tu te rends compte à quel point tu te sens encore en danger ?

Et c’est là que j’ai compris quelque chose.


Je ne suis pas juste prudente.

Je ne suis pas juste méfiante.

Je ne suis pas juste quelqu’un qui fait attention.

Je vis avec une hypervigilance que j’ai longtemps considérée comme normale. Pour moi c'était même normal, en tout cas ces réactions étaient totalement inconscientes et je ne m'en étais même pas rendue compte.


Parce qu’on ne nous explique pas ça.

L’hypervigilance est insidieuse.

Elle ne porte pas une pancarte.

Elle ne débarque pas en disant : « Bonjour, je suis un mécanisme de survie. »

Elle se glisse partout.


Quand je marche seule, je ne mets jamais de casque sur les oreilles.

Impossible.


J’ai besoin d’entendre.

J’ai besoin de sentir.

J’ai besoin de savoir ce qu’il se passe autour de moi.

J’ai toujours une oreille qui traîne.


Quand je suis seule quelque part, une partie de moi observe. Scanne. Anticipe.


Comme si mon corps avait une mission permanente : détecter le danger avant qu’il arrive.

Et pendant des années, je ne l’ai même pas vu.


Je pensais juste être comme ça.

Puis j’ai compris quelque chose d’essentiel.

Quand tu as été abusée enfant, ton système apprend.

Il apprend très vite.

Il apprend que le monde peut être dangereux.

Il apprend que les proches peuvent être dangereux.


Ça, c’est énorme.


Parce que les personnes qui étaient censées protéger deviennent parfois associées à l’insécurité.


Et quand ça arrive, ton corps construit des stratégies.

Des stratégies pour survivre.


Parce que j’ai grandi très vite. Trop vite.

J’ai dû mûrir très vite.

J’ai dû me protéger seule.

J’ai essayé d’envoyer des signaux. Comme les enfants savent le faire. Pas avec des mots.

Mais personne n’a compris.


Et plusieurs programmes/croyances se sont inscrits profondément en moi :

  • Je dois compter sur moi.

  • Je suis seule.

  • Je dois anticiper.

  • Je dois me protéger.


Et le problème, c’est que ces règles-là ne restent pas dans l’enfance.

Elles s’invitent partout. Elles grandissent avec toi.


  • Dans l’amour.

  • Dans les relations.

  • Dans la manière d’élever ses enfants.

  • Dans la manière de recevoir.

  • Et même dans le business.


Parce qu’entreprendre demande des choses qui, pour certaines personnes, paraissent naturelles.


  • Être visible.

  • Faire confiance.

  • Recevoir.

  • Demander de l’aide.

  • Se montrer.

  • Prendre sa place.


Mais quand ton corps vit encore dans une forme d’insécurité émotionnelle permanente, tout devient différent.


Et là j’ai compris quelque chose qui m’a bouleversée.


Je ne suis pas nulle en business.

Je n’ai jamais été nulle en business.


J’entreprends peut-être simplement avec un système nerveux qui essaye encore de me protéger.


Alors aujourd’hui, j’ai envie de dire quelque chose à toutes les femmes qui ont vécu des abus, des violences, des traumas ou des choses qu’elles ont portées seules pendant des années.


Il n’y a rien de cassé chez toi.

Tu n’es pas incapable.

Tu n’es pas dispersée.

Tu n’es pas trop sensible.


Ton corps fait peut-être simplement ce qu’il a appris à faire depuis très longtemps : survivre.

Et peut-être qu’avant de te demander pourquoi tu n’arrives pas à faire plus…

la vraie question est :


Est-ce que tu te sens suffisamment en sécurité pour être pleinement toi ?


Je suis encore en chemin.

Je n’écris pas ça depuis une ligne d’arrivée.

Je l’écris depuis un endroit beaucoup plus vrai.

Et je crois qu’il est temps pour moi de parler davantage de ces choses-là.

Parce que nous sommes nombreuses.

Et parce qu’aucune femme ne devrait se croire nulle alors qu’elle est peut-être occupée à survivre depuis des années et qu'elle est épuisée de tenir encore, alors qu'elle voudrait juste pouvoir relâcher, pleurer.


Et j'ai vraiment envie de te demander : Comment tu te sens ? Comment vas-tu ? et pas à la façon d'une collègue que tu croises dans les couloirs, je te demande sincèrement : COMMENT VAS-TU ?


et si à la lecture de cette question tu pleures c'est OK, laisse-toi l'espace de laisser les larmes couler, de te sentir vue et reconnue dans ta souffrance. Et si tu le souhaites tu peux laisser un commentaire sous cet article ou m'adresser un mail : contact@magalyazor.com juste pour me dire comment tu te sens ?

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